Une bonne gestion de la place de l’animal en ville suppose que la collectivité considère la promenade avec son chien comme un des usages courant sur l’espace public. Dès lors, cette promenade qui peut générer des nuisances, doit être organisée afin que qu’elle puisse se dérouler dans les meilleures conditions.
Lorsqu’on interroge les possesseurs de chiens sur leurs besoins, les réponses se limitent à deux revendications : ils veulent pouvoir se promener avec leur chien en laissant leur animal s’ébattre en liberté afin que celui-ci puisse se défouler naturellement. Ils expriment également l’obligation de sortir leur animal pour la promenade hygiénique. Cette promenade se déroule à proximité immédiate de l’habitation.
Face à l’expression de ces besoins, la collectivité peut apporter des réponses qui satisferont les possesseurs sans pour cela agir au détriment des autres usagers de l’espace public.
1-En matière de promenade de défoulement
Généralement, la promenade de défoulement avec l’animal se déroule dans les espaces verts de la ville car ce sont des espaces protégés de la circulation automobile.
Certains espaces verts urbains sont interdits à l’animal. Dès lors, la promenade se déroule sur la voirie avec un risque de confrontation préjudiciable pour le chien mais surtout pour le maître et les autres usagers. Ce statut qui exclut l’animal peut se justifier sous certaines conditions : taille de l’espace vert, préciosité de l’aménagement, usage exclusif (terrain de pétanque).
La plupart des espaces verts d’une ville doivent pouvoir être aménagés pour accueillir les possesseurs de chiens ; il suffit de déterminer les secteurs où l’animal peut être accepté soit en laisse soit sans laisse.
> Des espaces « sans laisse » pour l’animal : l’aire d’ébats
L’implantation d’espaces où l’animal est autorisé à se promener sans sa laisse permet d’une part de répondre à la demande des possesseurs qui expriment ce besoin, d’autre part il permet de mieux faire respecter la tenue en laisse voire l’interdiction dans les autres secteurs du parc. Un gardien, un policier municipal, un jardinier, voire un autre usager pourra rappeler la règle à un contrevenant dès lors qu’une alternative positive est proposée.
Aire d'ébats à Clermont-Ferrand
La conception d’une aire d’ébats
La superficie d’une aire d’ébats pour l’animal reste liée à la taille de l’espace dans lequel elle se situe. Sa taille se limitera à quelques centaines de mètres carré pour un aménagement dans un square de ville mais elle pourra se mesurer en hectares pour un parc périphérique.
La superficie et le site d’implantation de l’aire d’ébats conditionnent la nécessité d’une délimitation formelle. Une aire de grande superficie ne peut pas se clôturer tandis qu’un espace de taille modeste dans un parc de centre ville sera facilement délimitable.
Caniparc à Issy-les-Moulineaux (parc de l'île Saint-Germain)
Les règles de fonctionnement d’une aire d’ébats
Une aire d’ébats doit rester un espace partagé sans exclusivité d’usage ; il n’est pas réservé aux possesseurs de chiens mais toute personne qui y pénètre doit être informée de son statut particulier.
Les animaux, même en liberté, doivent rester sous le contrôle de leur maître, c’est une obligation prévue par la loi. Les animaux classés dans les catégories de chiens d’attaque ou de défense doivent impérativement porter une muselière.
Ces quelques règles de fonctionnement doivent être rappelées dès l’entrée de l’équipement.
La collectivité pourra utilement organiser des cours de sensibilisation à l’éducation canine à l’intérieur de ces équipements.
Aire d'ébats à Mulhouse
2- En matière de promenade hygiénique
C’est une évidence, tout animal produit des déjections. Pendant longtemps, cette nuisance n’apparaissait pas comme aussi traumatisante qu’aujourd’hui. Certains y voient là une perte de civisme, d’autres dénoncent la croissance exponentielle des chiens vivant en ville. Ces deux arguments ne résistent pas à l’analyse. D’une part le taux de possession d’un chien dans les villes a tendance à se réduire, d’autre part évoquer la perte de civisme va à l’encontre des nouveaux comportements de plus en plus responsables des urbains dans le domaine de l’environnement et de la propreté. Les efforts produits dans le domaine du tri sélectif l’attestent.
Par contre, les centres urbains ont vu disparaître les espaces vides en attente d’affectation. Les terrains vagues ont disparu, les « dents creuses » ont été bâties, les sols sont engazonnés ou minéralisés. L’herbe folle a déserté la ville et les chiens sont condamnés à se soulager sur les pelouses des jardins ou les trottoirs puisqu’on leur interdit de plus en plus le caniveau.
La ville s’embellit en améliorant la qualité de ses espaces publics mais cet embellissement ne tolère plus le « laisser faire » : le papier gras doit impérativement finir dans la corbeille, le sac d’ordures ménagères dans son conteneur et la déjection de l’animal… soit dans l’équipement prévu à cet effet, soit ramassée par le maître.
Pour réduire le nombre de déjections canines abandonnées sur l’espace public, la collectivité a deux possibilités : inciter les possesseurs à ramasser la déjection de leur animal, soit aménager des espaces sanitaires qui permettent de concentrer les déjections sur une surface délimitée et procéder à leur enlèvement régulièrement ; cela équivaut à équiper la ville de corbeilles qui permettent de déposer les papiers gras et différents emballages dont on doit se débarrasser.
Ces actions peuvent être menées de façon concomitante. Cela permet non pas d’imposer un comportement décidé par la collectivité mais de proposer deux attitudes tout aussi responsables, et laisser ainsi à chacun sa capacité à exercer son libre arbitre par le choix du comportement à adopter. Cette capacité à donner le choix est fondamentale lorsque l’on souhaite faire évoluer les comportements par adhésion plutôt que par la contrainte.
> La création d’un réseau d’équipements sanitaires
Canisite à Nantes
Un équipement sanitaire, souvent nommé canisite, est un espace de 15 à 30 m2, clairement délimité par un grillage rigide ou une barrière en bois, dont le sol est constitué d’un stabilisé pour le rendre attractif pour l’animal. Le canisite doit s’intégrer au mieux dans son environnement (un habillage végétal dense lui confère cette qualité).
Canisite à Chartres
Les canisites s’intègrent facilement dans les espaces verts, ils sont plus difficiles à implanter dans les secteurs plus minéraux.
Leur implantation doit se faire à l’échelle d’un quartier selon une logique de réseau. Un équipement isolé ne bénéficiera que d’une faible attractivité tandis que plusieurs équipements couvriront les différents flux de déplacements des maîtres et de leur animal. D’autre part, la multiplicité des équipements marque la volonté municipale d’obtenir de nouveaux comportements en émettant un signal suffisamment explicite à l’égard de la population concernée.
Canisite à Boulogne Billancourt
> L’incitation au ramassage individuel
L’incapacité à couvrir la ville d’un réseau suffisamment dense de canisites, mais aussi la difficulté que peuvent rencontrer certains chiens à se soulager sur un espace déterminé, voire la réserve de certains maîtres quant à la salubrité de ces équipements doivent conduire la collectivité à inciter les possesseurs à ramasser la déjection de leur animal. Là encore, cette solution ne peut être unique car de nombreux possesseurs ne sont pas prêts à effectuer le geste du ramassage mais celui-ci doit être encouragé par la collectivité.
Réussir une politique d’incitation au ramassage
La réussite d’une politique d’incitation au ramassage nécessite de mobiliser le plus grand nombre d’acteurs afin que le message soit suffisamment répété pour être entendu.
Cette mobilisation concerne en premier lieu les prescripteurs qui ont un pouvoir d’influence important sur les possesseurs (chapitre relais d’opinion) mais aussi tous ceux qui peuvent relayer le message tels que les bailleurs, les associations de commerçants, les conseils de quartier et pourquoi pas des possesseurs déjà sensibilisés.
Rouleaux de 25 sacs biodégradables distribués par Afirac Services
L’incitation au ramassage sera d’autant plus pertinente qu’elle s’effectuera avec l’offre d’un dispositif facilitant ce ramassage. Il est important d’entendre tous les possesseurs qui ont des difficultés à ramasser la déjection de leur animal avec un simple sac plastique. Cela est particulièrement vrai pour les possesseurs de grands chiens. L’offre d’un système constitué d’une pince réutilisable et de sacs permet de faciliter la « première fois » du ramassage.
Canipinces distribuées par Afirac Services